L'Anthropocène ou l'époque de l'urbanisation du monde

Urbanisation

  • Le milieu urbain est aux humains ce que la fourmilière est aux fourmis ou la termitière aux termites : le "nid". Qui dit milieu urbain dit donc forte densité d'humains.

  • Le milieu urbain est totalement tributaire d'une énergie abondante (et donc de l'extraction et de la transformation des ressources fossiles), car c'est un espace qui produit très peu de biens de première nécessité et implique donc des flux importants d'énergie pour son approvisionnement.

  • L'urbanisation est un phénomène global et récent à la croissance exceptionnelle : 55 % de la population mondiale vit aujourd'hui en milieu urbain, contre 5 % en 1800 [1].

  • 2007 correspondrait au point de bascule à partir duquel plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain [1].

  • L'évolution a été rapide à partir de 1950, en lien avec la "grande accélération" : la population urbaine est passé de 750 millions d'habitants en 1950 à 4,2 milliards en 2018 [2].

  • Sortes d'îlots totalement "hors nature", les milieux urbains sont des "concentrés d'Anthropocène" tant ils en exacerbent les différentes facettes : forte artificialisation des sols, flux humains et matériels rapides et denses, découplage total entre causes (mode de vie) et conséquences (impact sur l'environnement)...

  • Espaces généralement très "bétonnés", l'expression de la vie sous ses formes "non-humaines" y est réduite à peau de chagrin. L'urbanisation contribue ainsi à la destruction des habitats naturels, qui est la principale cause de l'effondrement biologique en cours [3].

  • On peut cependant reconnaitre un côté positif à l'urbanisation : en concentrant les populations sur de "petits" espaces, elle permet de limiter l'étalement de l'habitat et de l'artificialisation des sols.

Points clés

L'urbanisation est un phénomène récent, car elle dépend d'une énergie abondante et bon marché, en l'occurrence celle issue des ressources fossiles. Cette énergie est essentielle pour assurer les nombreux flux de marchandises et de personnes qu'implique le milieu urbain.

Le phénomène connait une croissance rapide depuis deux siècles environ. 2007 correspondrait au point de bascule à partir duquel plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain (contre 5 % environ en 1700 !) [1]. Aujourd'hui, environ 55 % de la population mondiale vit en milieu urbain [1].

L'évolution a été particulièrement rapide à partir de 1950, en lien avec la "grande accélération" : la population urbaine est passé de 750 millions d'habitants en 1950 à 4,2 milliards en 2018 [2]. Cette évolution brutale est liée à l'augmentation de la population globale ainsi qu'à la part grandissante de la population vivant en milieu urbain.

En 2010 en France, l’espace urbain (défini comme une zone continue de bâti de plus de 2000 habitants) concentrait 77,5 % de la population et occupait 22 % de la surface du territoire, une surface en hausse de 19 % en dix ans [4]. En 2020, 80 % de la population française vivait en milieu urbain [5].

Actuellement, les dynamiques d'urbanisation les plus fortes sont logiquement observées dans les endroits où la population augmente fortement, notamment en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie.

Images : Vue aérienne de la ville de Shanghai en 1985 (image du haut) et 2022 (image du bas) ; la comparaison des 2 vues illustre la soudaineté et l'ampleur de l'urbanisation en Chine.

Source des images : Google Earth (https://earth.google.com).

Vue Google Earth de Shanghai en 1985
Vue Google Earth de Shanghai en 1985

L'urbanisation est un phénomène récent et global

Vue Google Earth de Shanghai en 2022
Vue Google Earth de Shanghai en 2022

Shanghai en 1985

Shanghai en 2022

On comptait en 2018 un peu moins de 500 villes avec une population comprise entre 1 et 5 millions d’habitants [2]. Les mégapoles de plus de 10 millions d’habitants, qui étaient au nombre de 10 en 1990, étaient en 2018 au nombre de 33 [2].

En plus de l'énergie nécessaire aux nombreux flux de personnes et de marchandises qu'il implique, le milieu urbain est consommateur d'énergie pour le fonctionnement (chauffage, éclairage…) des innombrables bâtiments qui le composent. Au total, la consommation d'énergie des bâtiments (résidentiels ou tertiaires) est responsable de plus de 15 % des émissions mondiales de CO2 [6].

De haut en bas et de gauche à droite : Bangkok en Thaïlande, Tianjin en Chine, Paris en France, Kuala Lumpur en Malaisie, Hong Kong en Chine, Dubaï au Qatar et New York aux États-Unis.

Source des images : Pixabay.

Photo de Bangkok en Thaïlande de nuit
Photo de Bangkok en Thaïlande de nuit

Les villes poussent et grandissent partout autour du monde

L'urbanisation n'implique pas qu'une consommation massive d'énergie et l'émission de gaz à effet de serre. Elle induit surtout un changement majeur de la surface des sols, avec une artificialisation très forte des milieux. L'urbanisation contribue ainsi à la destruction des habitats naturels, qui est de loin la principale cause de l'effondrement biologique en cours [3].

Espaces bétonnés, aseptisés et homogénéisés sur de grandes surfaces, les milieux urbains sont antinomiques avec la diversité biologique : ce sont des espaces impropres à la vie de nombreux êtres "non-humains".

Images : ville de Lyon en vue aérienne avec deux niveaux de zoom différents.

Source des images : IGN (https://macarte.ign.fr/).

L'urbanisation détruit les habitats naturels

Photo aérienne de la ville de Lyon et ses environs
Photo aérienne de la ville de Lyon et ses environs
Photo aérienne du centre de la ville de Lyon
Photo aérienne du centre de la ville de Lyon

Références

[1] H. Ritchie et M. Roser, « Urbanization », Our World in Data, 2018. https://ourworldindata.org/urbanization

[2] United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division, « World Urbanization Prospects 2018: Highlights », 2019. [En ligne]. Disponible sur: https://population.un.org/wup/publications/Files/WUP2018-Highlights.pdf

[3] WWF, « Living Planet Report − 2020: Bending the curve of biodiversity loss. Gland, Suisse », WWF, Gland, Suisse, 2020. [En ligne]. Disponible sur: https://www.worldwildlife.org/publications/living-planet-report-2020

[4] Clanché, F. & Rascol, O. Le découpage en unités urbaines de 2010. Insee Prem. 1364, 1–4 (2011). Disponible sur: https://www.insee.fr/fr/statistiques/1280970

[5] Insee, « Toujours plus d’habitants dans les unités urbaines - Insee Focus - 210 », 2020. https://www.insee.fr/fr/statistiques/4806684

[6] H. Ritchie, M. Roser, et P. Rosado, « CO₂ and Greenhouse Gas Emissions », Our World in Data, 2020. https://ourworldindata.org/co2-and-greenhouse-gas-emissions