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La transition écologique est-elle en marche ?

Henri Cuny - 16/03/2026

Anatomie du grand bluff de la transition à l'ère des communicants

La transition écologique serait en marche, notamment grâce à l'électrification. Source : Pixabay, https://pixabay.com/photos/electricity-electricity-pylons-4666566/.

La reconnaissance des ravages causés par l’économie thermo-industrielle sur la nature a rendu incontournable l’idée de la nécessité de faire une “transition écologique”. Et j’ai une excellente nouvelle à vous partager : cette transition serait en marche ! Le ministère dédié à la question écologique en France depuis 1971, et dont l’intitulé inclut explicitement le terme de “transition écologique” depuis 2017 [1], souhaite ainsi “accélérer la transition écologique dans les territoires” [2]. À l’échelle internationale, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lance quant à lui “un plaidoyer vibrant pour une transition accélérée et équitable” [3]. Tout semble donc sur les rails et il convient a priori simplement d’accélérer un mouvement déjà bien lancé… Prenons tout de même le temps d’examiner la situation de plus près, histoire de s’assurer qu’il n’y a aucun risque de déraillement.

Qui dit transition écologique dit transition énergétique

Afin de bien circonscrire le sujet, commençons par donner la définition de la transition écologique, ne reprenant celle donnée par OXFAM :

“La transition écologique est une évolution vers un nouveau modèle économique et social qui apporte une solution globale et pérenne aux grands enjeux environnementaux de notre siècle et aux menaces qui pèsent sur notre planète. Opérant à tous les niveaux, la transition écologique vise à mettre en place un modèle de développement résilient et durable qui repense nos façons de consommer, de produire, de travailler et de vivre ensemble” [4].

Voilà un programme ambitieux ! Cette définition nous rappelle que la transition écologique implique une transformation profonde et globale de nos sociétés [5], et pas seulement quelques “petits gestes” ou ajustements. Focalisons cependant notre attention sur la question énergétique, qui est centrale dans cette affaire.

En effet, notre modèle économique repose sur un recours massif aux combustibles fossiles, à l’origine d’émissions considérables de gaz à effet de serre et du changement climatique. Il apparaît donc évident que toute transition écologique sérieuse doit passer par une transition énergétique.

C’est précisément l’objectif du “Pacte vert pour l’Europe”, lancé par la Commission européenne en 2019 et qui aspire à “transformer l’Union européenne en une économie moderne, efficace dans l’utilisation des ressources et compétitive“ notamment grâce à “une transition énergétique propre et efficace” [6].

De même en France, la “Loi de transition énergétique pour la croissance verte”, adoptée en 2015, vise à “préparer l’après pétrole et à instaurer un modèle énergétique robuste et durable face aux enjeux d’approvisionnement en énergie, à l’évolution des prix, à l’épuisement des ressources et aux impératifs de la protection de l’environnement.” [7]

António Guterres, secrétaire général de l’ONU, se montre par ailleurs résolument optimiste sur la question de la transition énergétique : “Les énergies fossiles sont en bout de course” et “rien ne peut arrêter la transition énergétique”, même si cette dernière “n’est encore ni assez rapide ni assez équitable” [3]. Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, lui emboîte la pas en affirmant que “la transition vers une énergie propre est en marche” [8].

Alors, sommes-nous en train de réaliser une “transition énergétique”, qui serait effectivement un signe manifeste de la fameuse “transition écologique” ?

Le récit de la transition énergétique

Pour accomplir une activité, l’humanité peut puiser dans une diversité de sources d’énergie : le vent, le soleil, le bois, le pétrole… Les différentes sources mobilisées à un moment donné constituent le mix énergétique. Une transition étant le “passage d’un état à un autre” (définition du Larousse ; [9]), la transition énergétique suppose donc un changement graduel dans la composition du mix : au fil du temps, certaines sources se retirent tandis que d’autres prennent leur place.

La rhétorique sous-tendant le narratif de la transition énergétique est connue : au fil de l’histoire, le mix énergétique a évolué, certaines sources en remplaçant d’autres à la faveur de découvertes techniques ou de nouvelles ressources. Par exemple, avant la révolution industrielle, la biomasse, notamment le bois, était centrale, utilisée pour le chauffage domestique ou des activités comme la métallurgie. Puis vinrent les ressources fossiles, qui supplantèrent progressivement le bois : le charbon s’imposa dans les foyers et les hauts fourneaux, amorçant une nouvelle ère énergétique.

Ce récit ouvre la voie à la survenue d’une nouvelle transition : celle où les sources renouvelables d’énergie (soleil et vent notamment) viendraient à leur tour remplacer les ressources fossiles dans le fonctionnement de l’économie, qui deviendrait alors “décarbonée” et “plus respectueuse du vivant”.

Le récit de la transition énergétique, avec remplacement des sources au cours du temps
Le récit de la transition énergétique, avec remplacement des sources au cours du temps

Figure 1 : Le modèle de la transition énergétique, avec succession de différentes phases selon les sources d’énergie utilisées. Au fil de l’histoire, l’humanité utilise différentes sources d’énergie, au gré des découvertes techniques et des ressources naturelles. Ainsi avant la révolution industrielle, la biomasse est la source essentielle d’énergie. Le charbon, le pétrole et le gaz arrivent à partir du 19e siècle et dominent jusqu’au début du 21e siècle. Puis les énergies dites “renouvelables” arrivent pour lancer une nouvelle ère énergétique.

Le récit de la transition a même ses chiffres et son graphique (Figure 2). Jusqu’au début du 19e siècle, la biomasse représentait l’essentiel (plus de 95 %) du mix énergétique mondial. À partir de 1850, le charbon fait son entrée, suivi du pétrole et du gaz. Dès 1900, le charbon occupe 47 % du mix, la biomasse tombant à 50 %. La part des ressources fossiles culmine durant la seconde moitié du 20e siècle (années 1970-1980), occupant plus de 80 % du mix énergétique (par exemple en 1970 : 15 % pour le gaz, 40 % pour le charbon et 25 % pour le pétrole), tandis que la biomasse chute à moins de 15 %. Au début du 21e siècle, un autre tournant semble amorcé, avec la contribution croissante de sources d’énergie comme le soleil ou le vent, même si leur part reste marginale (en 2024, l’énergie solaire constitue 2,2 % du mix, l’énergie éolienne 3,3 %). De quoi penser que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère énergétique ?

Évolution relative du mix énergétique mondial depuis 1800
Évolution relative du mix énergétique mondial depuis 1800

Figure 2 : Évolution relative du mix énergétique mondial depuis 1800. Le graphique présente la part de chaque source d’énergie dans la consommation totale, exprimée en pourcentage. Avant 1850, la biomasse (le bois notamment) est la source essentielle d’énergie. Les ressources fossiles (charbon tout d’abord, puis gaz et pétrole) arrivent ensuite et prennent une place de plus en plus importante dans le mix énergétique, jusqu’à le dominer à partir du début du 20e siècle. Elles sont encore prépondérantes aujourd'hui, mais d’autres sources voient leur part augmenter à partir de la fin du 20e siècle (nucléaire, hydroélectricité) et du début du 21e siècle (solaire, éolien). Source des données : Our World In Data (https://ourworldindata.org/energy-mix) [10].

La réalité de l’accumulation énergétique

Analyser la part relative de chaque source d’énergie dans le mix énergétique mondial est instructif, mais cela occulte une dimension fondamentale : la quantité totale d’énergie consommée. La représentation du mix énergétique en valeurs absolues et non plus relatives raconte ainsi une tout autre histoire de l’énergie (Figure 3) ! Cette dernière n’apparaît plus marquée par des transitions et des phases successives, mais plutôt par un empilement continu des sources d’énergie au cours du temps et une croissance phénoménale de la quantité totale d’énergie consommée, cette-dernière ayant été multipliée par 30 entre 1800 et 2024 !

Prenons l’exemple de l’avènement de l’exploitation industrielle du charbon au 19e siècle : le charbon ne remplace pas la biomasse, il s’y ajoute. Certes, il peut se substituer au bois dans certains processus (chauffage, métallurgie), mais de nouveaux usages du bois émergent (étayage des mines, construction ferroviaire), illustrant une logique globale d’accumulation plutôt que de substitution.

Notre nouvelle histoire de l’énergie est donc celle-ci : avant le 19e siècle, la biomasse formait la source essentielle d’énergie pour l’activité humaine. Au cours du 19e siècle, le charbon puis le gaz et le pétrole, viennent s’y ajouter. Durant le 20e siècle, de nouvelles sources d’énergie comme le nucléaire et l’hydroélectricité rentrent dans l’addition, qui s'enrichit de diverses autres sources (énergie solaire et éolienne, biocarburants…) au cours du 21e siècle.

Évolution absolue du mix énergétique mondial depuis 1800
Évolution absolue du mix énergétique mondial depuis 1800

Figure 3 : Évolution absolue du mix énergétique mondial depuis 1800. Le graphique montre les quantités absolues d’énergie consommée par source. Avant 1850, la biomasse (bois notamment) est la source essentielle d’énergie. Les ressources fossiles (charbon tout d’abord, puis gaz et pétrole) arrivent ensuite et s’additionnent à la biomasse, entraînant une forte croissance de la consommation totale. D’autres sources s’ajoutent à partir de la fin du 20e siècle (nucléaire, hydroélectricité) et le début du 21e siècle (solaire et éolien). Finalement, les tendances révèlent une dynamique d’accumulation énergétique, marquée par une diversification des sources et une explosion de la consommation mondiale depuis le début du 20e siècle, avec une domination persistante des énergies fossiles. Source des données : Our World In Data (https://ourworldindata.org/energy-mix) [10].

Au niveau global, nous devons donc nous résoudre au constat qu'aucun signe de transition énergétique n’est visible : il y a une claire dynamique d’accumulation énergétique et la consommation des ressources fossiles n’a, dans l’absolu, jamais été aussi élevée qu’aujourd’hui. Permettons-nous donc de contredire la calembredaine d’António Guterres : au vu des chiffres, le monde des énergies fossiles n’est pas “en bout de course” [3] mais se porte au contraire mieux que jamais, merci pour lui !

Ce constat nous amène également à réviser le modèle de la transition énergétique exposé en Figure 1, auquel nous préférerons donc le modèle de l’accumulation énergétique (Figure 4) :

Le récit de l'accumulation énergétique, avec empilement des sources au cours du temps
Le récit de l'accumulation énergétique, avec empilement des sources au cours du temps

Figure 4 : Le modèle de l’accumulation énergétique, avec addition de sources d’énergie au fil du temps. Au cours des derniers siècles, la civilisation thermo-industrielle tend à empiler les sources d’énergie, au gré des découvertes techniques et des ressources naturelles. À la biomasse, utilisée préférentiellement avant la révolution industrielle, s’ajoutent au cours du 19e siècle le charbon, le pétrole et le gaz, puis de nouvelles sources d’énergie (soleil, vent, nucléaire…). Cette diversification des sources d’énergie va de pair avec une formidable hausse de la consommation énergétique.

Au niveau global, la transition énergétique est donc un fantasme, une illumination de drogués à l’innovation et à la croissance verte. Mais cette globalité implacable se vérifie-t-elle nécessairement à une échelle plus locale* ? En France, la “Loi de transition énergétique pour la croissance verte” affiche des ambitions élevées : “réduire la consommation énergétique finale de 50 % en 2050 par rapport à la référence 2012 en visant un objectif intermédiaire de 20 % en 2030”, ceci en portant “la part des énergies renouvelables à 23 % de la consommation finale brute d’énergie en 2020 et à 32 % de la consommation finale brute d’énergie en 2030 [7].

En 2012, la consommation énergétique nationale atteignait 3000 TWh [11]. En 2024, elle est tombée à 2500 TWh [12], soit une baisse de 16 % en 12 ans. Pas mal du tout, donc !

Cependant, les réductions les plus simples ont été réalisées en priorité : limitation de la gabegie énergétique dans les bâtiments publics, amélioration de l’efficacité énergétique des logements et de certains processus industriels… La principale cause de cette baisse est néanmoins économique, la flambée des prix de l’énergie au cours des dernières années incitant les particuliers et les entreprises à réduire leur consommation [13].

Les nouvelles réductions s’annoncent plus compliquées à réaliser, d’autant plus que ni les orientations générales (volonté de croissance économique, poursuite de la numérisation et déploiement de l’IA, …) ni le mode de vie (consumériste) n’ont profondément changé. La spectaculaire baisse constatée ces dernières années est un bon début, mais elle ne présage en rien de l’atteinte des objectifs et la continuation de cette dynamique à moyen terme reste un défi colossal [14].

D’autres objectifs sont en outre mal engagés : la part des énergies renouvelables dans le mix national était de 15 % en 2023 (contre un objectif de 23 % en… 2020), tandis que celle des sources fossiles était encore de 45 % (objectif de 30 % en 2030) [12] et celle du nucléaire de 39 %, et même près de 70 % dans la production d’électricité (pour un objectif de 50 % en… 2025 !) [15]. Cela dit, le nucléaire est redevenu tendance et “propre” dans les discours officiels, rendant a priori caduque l’objectif de baisse de la part du nucléaire dans le mix national [16].

Gargantua peut-il se mettre à la diète ?

Si la France a bien intégré la nécessité de réduire la consommation d’énergie dans ses objectifs, les discours sur la transition occultent bien souvent cette dimension quantitative pour se focaliser sur la dimension qualitative, à savoir quelles sources d’énergie constituent le mix énergétique. Pourtant, si l’on admet qu’aucune source d’énergie n’est vraiment “propre”, alors la question de la quantité d’énergie consommée est cruciale. Un dilemme insoluble de la transition énergétique émerge alors : comment faire pour consommer moins d’énergie dans un monde qui fait de la hausse de la croissance économique - c’est à dire de la croissance de l’activité humaine et, in fine, de la consommation d’énergie - son fer de lance ?

Alors oui, une baisse sensible de la consommation énergétique est observable dans certains pays comme la France, c’est-à-dire dans les pays historiquement très prodigues en énergie (les pays “riches” ou “développés”) et qui peuvent se permettre de tailler dans le gras à court terme sans trop de difficultés tant le gaspillage était éhonté. Mais cette baisse locale et temporaire s’accompagne en parallèle d’une hausse fulgurante de la consommation énergétique dans maints pays, ces derniers connaissant une croissance économique rapide afin de combler le “retard” pris sur le fabuleux modèle productiviste et consumériste tant vanté par les Occidentaux. Au niveau global, nous restons dans une logique d’inflation énergétique, et il est difficile d’imaginer une réduction volontaire à court terme.

Il n’y a pas que l’énergie dans la vie

La transition énergétique n’a à ce jour aucune réalité d’un point de vue global, ce qui est déjà un sérieux coup porté au concept de transition écologique. De plus, même si le sujet des sources d’énergie utilisées est crucial, il n’est en aucun cas le seul à considérer pour viser un système moins destructeur du vivant.

Déjà, l’usage d’autres sources d’énergie que le charbon, le gaz ou le pétrole n’est en rien garant d’un système plus écologique. Les ressources fossiles ont un avantage indéniable : leur densité. À l’inverse, capter l’énergie solaire ou éolienne exige des installations étendues, parfois invasives, et une logistique complexe. Si le soleil et le vent sont “propres” et peuvent laisser penser António Guterres et tant d’autres que “nous sommes à l’aube d’une ère des énergies propres”, les systèmes de captage de ces sources d’énergie (panneaux photovoltaïques et éoliennes) le sont beaucoup moins. Il est possible de discuter des avantages et inconvénients relatifs à chaque source d’énergie (et les ressources fossiles ont évidemment des inconvénients majeurs), mais parler d’“énergies propres” décrédibilise la parole écologique, desservant ainsi l’écologie et contribuant à son suicide politique depuis des décennies.

Surtout, les sources d’énergie que nous utilisons ne disent finalement rien de la finalité de notre activité. Fabriquer des voitures, des avions, des bateaux ou, pour revenir à un business actuellement prospère, des chars d’assauts et des missiles “bas carbone”, est-ce si important ? Des bombes nucléaires éthiques, durables, et décarbonées vont-elles nous aider à bâtir une civilisation “plus écologique” et “plus proche de la nature” ?

L’énergie n’est qu’un moyen et non une fin. Tant que nous utiliserons des quantités astronomiques d’énergie pour artificialiser les sols, fabriquer des engins de mort ou des objets nuisibles ou au mieux inutiles, il est illusoire de penser transiter vers une civilisation plus écologique, même en utilisant l’énergie solaire ou éolienne. La question centrale de la transition écologique ne devrait donc pas être quelle source d’énergie nous utilisons, mais plutôt combien nous en utilisons (cf. la bioéconomie) et surtout pour quoi faire.

Avons-nous encore le temps de faire une transition ?

Un narratif bien rodé autour de la transition écologique s’est imposé au fil du temps : celui d’une transition menée à la fois par le “haut”, avec des politiques visionnaires traçant des plans sur plusieurs décennies, et par le “bas”, avec des acteurs innovants (citoyens, start-ups, collectivités locales, comme le mouvement des villes en transition), travaillant sans relâche à la mise en oeuvre de la transition sur le terrain, le tout s’inscrivant dans une dynamique graduelle visant des objectifs à l’horizon du milieu ou de la seconde moitié du 21e siècle.

Ce récit correspond à une approche “gradualiste” (Simmens H., A Climate Vocabulary of the Future, 2017), fondée sur une succession de petites modifications à tous les niveaux, censées transformer durablement et en profondeur notre société. “Comme le développement durable, la transition admet qu’une telle transformation sociale ne peut s’envisager que sur plusieurs décennies — l’horizon de la seconde moitié du xxie siècle étant souvent évoqué.” [5] L’impression est finalement celle d’un mouvement maîtrisé, mêlant planification et adhésion populaire, et qui suppose d’avoir du temps devant soi. Mais avons-nous encore du temps ? Depuis des décennies qu’on nous bassine avec la transition, le développement durable, la croissance verte, que s’est-il concrètement passé ? Les émissions de GES et de divers autres polluants (plastiques) ont continuellement augmenté, le changement climatique et la détérioration des milieux se sont aggravés et la vie a poursuivi son effondrement.

Comme nous l’avons exposé ci-dessus, le “gradualisme” ne résiste pas à l’épreuve des faits. Il faut donc l’affirmer sans détour : il n’y a(ura) pas de transition énergétique ou écologique, pas plus qu’il n’existe(ra) de croissance verte, de développement durable ou autres chimères. Il est urgent de sortir de cette logique lénifiante de transformation en douceur, vectrice de fausses promesses et dont le seul résultat est de prolonger un peu plus un système radicalement destructeur. Il ne s’agit plus de “transitionner”, mais de renverser la table pour changer profondément, radicalement, et rapidement.

Notes

*Une transition locale resterait bien sûr du domaine de l’anecdotique dans un contexte de catastrophe écologique généralisée, mais serait néanmoins une preuve de faisabilité et donc un signe d’espoir pour une mise en œuvre plus globale dans le futur

Références

[1] Wikipédia, « Ministère de l’Écologie (France) », Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Minist%C3%A8re_de_l%27%C3%89cologie_(France)&oldid=233639467

[2] Ministères transition écologique, aménagement du territoire, transports, ville et logement, « Fonds vert : accélérer la transition écologique dans les territoires ». 2023. https://www.ecologie.gouv.fr/fonds-vert

[3] Nations Unies, « L’énergie fossile est morte. Vive l’énergie renouvelable ! », ONU Info, 2025. https://news.un.org/fr/story/2025/07/1157166

[4] Oxfam France, « Transition écologique : définition et moyens d’actions », Oxfam France, 2022. https://www.oxfamfrance.org/climat-et-energie/transition-ecologique/

[5] A. Boutaud et N. Gondran, « 14. Est-il trop tard pour la transition ? Le temps de l’urgence climatique », Regards croisés sur l’économie, vol. 26, no 1, p. 215‑225, 2020. https://shs.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2020-1-page-215?lang=fr

[6] « The European Green Deal - European Commission ». https://commission.europa.eu/strategy-and-policy/priorities-2019-2024/european-green-deal_en

[7] Ministères transition écologique, aménagement du territoire, transports, ville et logement, « Loi de transition énergétique pour la croissance verte ». 2016. https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/loi-transition-energetique-croissance-verte

[8] Commission européenne, « Discours de la présidente von der Leyen lors du sommet des Nations unies sur le climat 2025 », Représentation en France, 2025. https://france.representation.ec.europa.eu/informations/discours-de-la-presidente-von-der-leyen-lors-du-sommet-des-nations-unies-sur-le-climat-2025-2025-09-25_fr

[9] É. Larousse, « Définitions : transition - Dictionnaire de français Larousse ». https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/transition/79157

[10] H. Ritchie et P. Rosado, « Energy Mix », Our World in Data, 2020. https://ourworldindata.org/energy-mix

[11] Commisariat général au développement durable, « Le bilan énergétique de la France en 2012 : une consommation en baisse sous l’effet de la morosité économique », Le point sur, no 168, 2013. https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2018-10/lps-168-bilan-energie-de-la-france-en-2012.pdf

[12] Commissariat général au développement durable, « Chiffres clés de l’énergie - Édition 2025 », 2025. https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/2025/chiffres-cles-energie/fr/

[13] D. M. Alsdorf, « Baromètre 2025 de l’énergie : les Français consomment moins mais paient plus cher », LeLynx.fr, 2025. https://www.lelynx.fr/a-propos/communiques/barometre-2025-energie/

[14] « La consommation d’énergie en France : une baisse confirmée », La Revue des Transitions, 2024. https://larevuedestransitions.fr/2024/12/19/la-consommation-denergie-en-france-une-baisse-confirmee/

[15] EDF, « Le nucléaire en chiffres - Comprendre l’énergie | EDF ». EDF, 2025.  https://www.edf.fr/groupe-edf/comprendre/production/nucleaire/nucleaire-en-chiffres

[16] Macron, « Sommet sur l’énergie nucléaire », elysee.frn 2024. https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2024/03/21/sommet-sur-lenergie-nucleaire

Conclusion

La transition écologique dont politiques, médias, scientifiques et autres nous rebattent les oreilles depuis des décennies est une chimère. Elle ne démontre aucune réalité tangible à échelle globale, même en restreignant l’analyse au champ de l’énergie. Les tendances des dernières décennies révèlent en effet un monde d’accumulation bien plus qu’un monde en transition.

La question qui se pose est donc celle du modèle dans lequel s’inscrit la transition écologique, c'est-à-dire la croissance économique, qui suppose un “toujours plus”, générateur d’accumulation. La transition écologique dans un monde qui fait de la croissance économique son leitmotiv, c’est un peu comme vouloir changer de régime alimentaire en faisant de l’ivresse un mode de vie : un exercice insensé et voué à l’échec.

Le point essentiel révélé par cet échec est qu’une réelle transition n’est pas tant une affaire qualitative (sources d’énergie et types de matériaux utilisés) que quantitative (quantités d’énergie et de ressources consommées), c’est-à-dire qu’elle n’est pas tant une affaire de moyens que de finalité (croissance, accumulation). Ce qui veut dire que ceux qui parlent d’”énergies propres” ou de “transition écologique” en omettant sciemment la dimension quantitative vous prennent pour des jambons.

La transition écologique s’ajoute à la longue litanie des concepts creux, interchangeables, sans consistance et qui finissent par s'essouffler, avant qu’un autre ne vienne prendre la place ainsi laissée vacante. Le développement durable est mort ? Vive la croissance verte ! La croissance verte est morte ? Vive la transition écologique ! Et demain ? Vive la croissance durable, le développement sobre, la croissance frugale, le développement écologique… Choisissez donc votre jargon préféré et proposez-le au ministère de la transition écologique.

Henri Cuny